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Décès de l’ancien ministre des Finances Cosme SEHLIN : Evelyne QUENUM rend hommage à un patron intrépide

Il sonnait environ 16 heures ce mercredi 30 novembre 2005, lorsque mon téléphone portable sonna. L’écran affichait un numéro Libercom commençant par le préfixe 90. Le numéro en question m’était inconnu. Je sortais de la bibliothèque du Centre Culturel Français de Cotonou où j’étais allée consulter quelques revues pour finaliser mon magazine radiophonique sur le VIH-Sida qui devait être diffusé sur Radio Tokpa le lendemain, soit le jeudi 1er décembre 2005, journée mondiale de lutte contre le Sida. Lorsque je décrochai l’appel, une voix ferme et audible me salua et s’assura qu’elle s’adressait à Evelyne QUENUM. ‟Oui monsieur, c’est bien elle‟, répondis-je, puis, il déclina son identité. ‟C’est le ministre des Finances Cosme SEHLIN qui vous parle madame. Interloquée, je répétai son nom pour marquer ma surprise et amener mon interlocuteur à confirmer son identité. ‟Oui madame, c’est moi, Cosme SEHLIN. J’ai eu votre CV par le biais d’un technicien de l’ORTB. Pouvez-vous passer me voir à la résidence du ministre des Finances ? J’envoie mon garde du corps vous chercher en face du ministère des Affaires Etrangères. Vous pouvez passer à quelle heure ‟? Tout de suite, répondis-je machinalement. Le hasard n0’existant pas, j’étais à ce moment-là, devant le Centre Culturel français, à moins de deux kilomètres de la résidence administrative du ministre des Finances située en face du Centre Culturel américain. Sans perdre une seconde, je démarrai ma moto de marque P 50 et me pointai 5 minutes plus tard au lieu de rendez-vous. Surprise ! Le technicien de l’ORTB qui m’avait une semaine plus tôt demandé mon Curriculum vitae était là. Il me confia qu’il venait d’échanger avec le ministre SEHLIN qui souhaitait me rencontrer. D’ailleurs, sa présence en ces lieux me confirma que c’est lui qui avait remis mon CV à M. SEHLIN. Aussitôt, un sentiment de peur mêlé d’inquiétude m’envahit. Je me mis à poser des questions à mon confrère : « C’est au ministre des Finances que tu as remis mon CV ? Il a besoin d’un Attaché de Presse ? Par ces temps difficiles et mouvementés, est-ce que je serai à la hauteur de la tâche s’il me nommait ? Nous sommes en fin de mandat, qu’est-ce que j’irai chercher à un poste pareil, dans un contexte de crise ? Les questions se mirent à fourmiller dans ma tête. Je n’eus pas le temps de les poser toutes à mon interlocuteur quand le garde du corps du ministre arriva et nous demanda de le suivre. Il nous introduisit dans la résidence administrative, dont la cour était couverte de gazon avec une allée centrale cimentée conduisant à une terrasse sobre décorée de quelques objets d’art locaux. Vêtu d’un costume sombre et d’une cravate rouge, M. SEHLIN vint nous accueillir et nous fit asseoir. Après les échanges de civilités, il me fit savoir qu’il était sur le point de se rendre à l’aéroport pour un voyage sur les Etats-Unis, mais qu’il avait une décision à prendre durant son séjour de cinq jours. J’étais la troisième personne qu’il recevait ce jour-là, il avait ressenti le besoin de rencontrer chacune des personnesdont le CV lui était parvenu dans le cadre de l’attribution du poste d’Attaché de presse au ministère des Finances, me confia t-il. Après nos échanges qui n’auront pas excédé dix minutes, M. SEHLIN me remercia d’être venue. Il me raccompagna ensuite au portail et monta à bord de son véhicule de fonction qui démarra en trombe.
Je rentrai tranquillement chez moi, avec la peur au ventre. Au plan politique, la tension était à son comble. Toute la classe politique voyait en l’homme un adversaire à abattre. Ses déclarations antérieures relatives à l’insuffisance des fonds pour financer les élections présidentielles de mars 2006 avaient enflammé la classe politique en ébullition et même la société civile et l’opinion publique. S’il me nommait dans ces conditions, j’aurais essentiellement à gérer une communication de crise, serais-je à la hauteur ?
Une semaine plus tard, soit le mercredi 07 décembre 2005, je reçus un coup de fil. Mon interlocuteur, M. Comlanvi KPOLEDJI, son Directeur de Cabinet d’alors me demanda de passer chercher mon arrêté de nomination au secrétariat particulier du ministre des Finances. Je venais d’être nommée, choisie parmi trois candidats, sur la base de ma compétence professionnelle uniquement, chose rare dans le Bénin d’alors où les critères de nomination n’étaient pas souvent de cet ordre-là. Ma perception de M. Cosme SEHLIN, l’homme qui était alors présenté par les médias comme un ennemi du peuple a changé. S’il était l’homme des raccourcis, des combines, il n’aurait pas porté son choix sur une journaliste qui n’a comme atout que son savoir-faire. Je n’avais ni parent, ni parrain dans le système. Il ne me connaissait ni d’Adam ni d’Eve. J’ai alors compris qu’il recherchait la compétence, c’est tout.
Je pris fonction le jeudi 15 décembre 2005, à trois mois de la fin du deuxième mandat du Général Mathieu KEREKOU. Notre collaboration fût franche et conviviale.
Durant ces trois mois de collaboration, j’ai découvert un homme simple, ouvert, travailleur, patriote, humble et surtout intrépide. Ni les obstacles, ni les difficultés ne le rebutaient. Il était brave et courageux. Je garde du ministre Cosme SEHLIN le souvenir indélébile d’un homme intrépide.
Avec les enfants du bon père de famille qu’il fût, je voudrais partager ces propos tirés d’un poème de Paul Eluard: « La nuit n’est jamais complète. Il y a toujours au bout du chagrin, une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée. Il y a toujours un rêve qui veille. …Une main tendue, une main ouverte. Des yeux attentifs. Une vie, la vie à se partager. La nuit n’est jamais complète ».

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