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Equité genre dans l’éducation  : Un moyen pour atteindre l’éducation inclusive

L’éducation est un droit fondamental reconnu à tout être humain. La Convention relative aux droits de l’enfant et la Déclaration Universelle des Droits de l’Enfant font valoir le rôle essentiel joué par l’éducation dans le développement humain et social. Ainsi, l’article 26 de la Déclaration dispose que,  » Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. Cette réflexion, une contribution de la Coalition Béninoise des Organisations pour l’Education Pour Tous (Cbo-Ept), évoque la question de l’équité genre dans l’éducation.

 

Equité genre au Bénin : Etat des lieux et perspectives

 

La Déclaration mondiale sur l’Éducation pour tous adoptée à Jomtien, en Thaïlande (1990), et le Cadre d’action de Dakar (2000), définissent une vision globale : universaliser l’accès à l’éducation pour tous les enfants, les jeunes et les adultes, et promouvoir l’équité. Cela suppose que les acteurs doivent être proactifs afin d’identifier les obstacles rencontrés par plusieurs enfants dans l’accès aux opportunités d’éducation, ainsi que les ressources nécessaires pour les surmonter.

L’équité dans l’éducation est le moyen pour parvenir à l’égalité. Elle entend fournir les meilleures opportunités à tous les élèves afin qu’ils puissent libérer pleinement leur potentiel et remédier aux situations de désavantage qui compromettent les résultats scolaires. Elle englobe les mesures/actions spéciales prises afin de lutter contre les handicaps historiques et sociaux qui empêchent les élèves notamment les filles de bénéficier d’une éducation équitable. Ces mesures ne sont pas équitables en soi, mais elles sont mises en œuvre afin d’assurer l’équité et l’égalité des résultats.

Les filles représentent toujours la majorité des enfants non scolarisés, et leurs opportunités d’apprentissage sont compromises par un certain nombre de facteurs scolaires et extrascolaires.

L’équité genre est une approche admettant que les garçons et les filles ont des besoins différents et spécifiques ; les filles  ne constituent pas un groupe homogène. Outre leur appartenance au sexe féminin, chaque fille est marquée par son ethnie, sa catégorie sociale, son âge, et bien d’autres facteurs. Les filles ont tendance à être désavantagées par rapport aux garçons en termes d’accès à l’éducation, à la prise en compte de leur bien-être.  Les différences entre genre peuvent, dans certaines sociétés, désavantager les garçons. Aujourd’hui néanmoins, les filles sont presque partout dans le monde les principales victimes de cette discrimination.

En matière d’éducation, l’équité concerne la façon dont les coûts et les avantages de l’investissement éducatif sont distribués parmi les différents groupes de la société. Mais elle  ne fait pas référence qu’à la distribution ou au partage des ressources entre individus ou entre groupes. Elle est aussi liée à la notion de justice. Elle n’est pas synonyme d’égalité. L’égalité et l’équité sont ainsi deux concepts bien distincts, bien qu’intimement associés.

C’est l’existence d’inégalités qui pose la question de l’équité, c’est-à-dire du caractère juste de certaines inégalités.

Cette précision laisse supposer qu’il ne devrait pas être prélevé sur la part de certains individus ou de certains groupes d’individus au profit d’autres individus ou d’autres groupes d’individus.

La justice  suppose que la distribution effective (concrète) des charges et des bénéfices de l’éducation ne doit pas être fondée sur la poursuite d’une égalisation sociale grâce aux études.

En d’autres termes, l’organisation des études ne devrait pas être fondée sur des privilèges trop excessifs délibérément accordés à certaines catégories d’élèves.

L’équité serait donc plus particulièrement dans le domaine de l’éducation  » la quête permanente et jamais assouvie d’une justice sociale qui tend à améliorer le sort de tous les apprenants « .

Ayant pris conscience de la situation de la scolarisation entre fille et garçon, la question a été analysée dans le Plan Décennal de l’Education post 2015, et ceci permet d’avoir une idée des différents facteurs qui influencent l’équité entre fille et garçon dans le système éducatif.

 

Situation actuelle au Bénin

 

On constate que les disparités genre commencent au niveau de l’enseignement secondaire, jusqu’à l’enseignement supérieur.  Les données disponibles révèlent que le taux d’accès à la classe de 6ème est relativement plus élevé (62% chez les filles contre 70% chez les garçons) que les taux d’accès à la classe de 3ème (39% chez les filles contre 51% chez les garçons) et de la terminale (18% chez les filles et 37% chez les garçons). On en déduit donc que plus on avance dans le cursus, plus l’écart augmente entre fille et garçon. En effet, cet écart se justifie par les abandons observés chez la gent féminine, qui sont le plus souvent les conséquences de plusieurs obstacles que rencontrent les filles en plein cursus scolaire.

De plus on observe que les enfants des milieux urbains ont plus de facilité à accéder à l’école et à finir le cursus scolaire que ceux des zones rurales.

En effet, le taux d’accès en milieu urbain est de 90% accompagné d’un taux d’achèvement du primaire de 75%, contre respectivement 67% et 52% en milieu rural.

En outre, ces disparités sont renforcées par le niveau de pauvreté dans les ménages. En dépit, de l’exonération des frais de scolarité et de la mise à disposition des manuels d’apprentissage initié par le gouvernement dans le but d’accroître l’accès des enfants à l’école, l’achèvement du cursus scolaire demeure une difficulté pour les ménages pauvres. Cette mesure prise par l’Etat  à elle seule ne semble donc par résoudre ce problème d’équité en ce qui concerne l’accès à l’école de tous les enfants.

Par ailleurs, le point de la situation des enfants hors de l’école vient enfoncer davantage le clou. En effet, selon les chiffres d’EMICOV 2015, au total 1.544 506 enfants sont hors écoles (tous âges compris), avec un pourcentage de 28,3% jamais scolarisés et 9,7% déscolarisés. Il faut souligner également, que toutes les écoles primaires du Bénin ne disposent pas des six niveaux de formation. Cette situation renforce l’abandon des élèves, notamment les filles ; car ces dernières ne pouvant s’inscrire dans d’autres qui se situent à une longue distance du domicile, abandonnent les classes. Cet état de chose contribue à amplifier la situation d’iniquité qui s’observe dans le système scolaire.

Des mesures ont été prises aussi bien par le pouvoir  central que par les Organisations de la Société Civile (OSC)  pour remédier à cet état de chose, mais force est de constater que l’équité peine a être une réalité dans le secteur éducatif béninois.

 

Perspectives

Face à la présente situation, il serait opportun de travailler à tendre vers l’équité à tous les niveaux au Bénin.

* Il faut équiper les différentes écoles, (primaire, collège et université) en matériels genre, en vue de maintenir les jeunes filles dans le cursus scolaire, rendre la pédagogie et l’environnement académique sensible au genre ; accroître le nombre de femmes enseignantes par exemple;

* Former et suivre les enseignants pour la pratique de l’équité en classe et à l’école ;

* Poursuivre l’exonération des frais de scolarité aux jeunes filles jusqu’au second cycle du cours secondaire ;

* Mettre les filles au contact des femmes modèles pour des échanges ;

* Créer des opportunités de motivation au profit des filles élèves (rencontre d’échange avec  des femmes de référence);

* Vulgariser et appliquer les textes sur la violence exercée sur la fille en milieu scolaire ;

* Créer une caisse de sécurité sociale aux filles endurantes ayant obtenu le BEPC pour les aider à poursuivre les études;

* Créer un cadre d’accueil et d’encadrement des filles par commune ;

* Faire la promotion des femmes cadres du milieu même si elles vivent dans d’autres communes ;

* Insister sur la collaboration entre parents et enseignants ;

De plus, des initiatives comme le Programme d’Appui à l’Education et la Formation des Enfants Exclus du Système Educatif (PAEFE) et le Programme de Cours Accélérés (PCA) sont à encourager et méritent d’être soutenues et mise à l’échelle.

 

Thomas  Kossi Kakpo, Président de la Cbo-Ept

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