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Grossesse en milieu scolaire au Bénin : L’urgence ! Conduire les adolescents et jeunes vers une sexualité responsable

Le phénomène de la grossesse en milieu scolaire prend de plus en plus de l’ampleur au Bénin à chaque année scolaire et ceci depuis cinq ans. Selon des données hospitalières en 2006, 15% des décès maternels sont dues à des avortements à risque et les adolescentes représentent 20% des décès maternels enregistrés. Une perte alors pour la Nation qui perd tous les ans ses bras valides de demain. Une situation qui interpelle plus d’un et appelle à des actions urgentes en faveurs de ces jeunes écoliers et élèves.

Les grossesses en milieu scolaire prennent de l’ampleur au Bénin, en dépit des multiples campagnes de sensibilisation sur la question. Sur 301821 jeunes filles élèves inscrites pour le compte de l’année scolaire 2016-2017, 2763 ont contracté la grossesse en pleine année scolaire, renseignent les statistiques du Ministère de l’enseignement secondaire. Pour Sèfiou Kochéhoungbé, enseignant à Kétou, c’est le feuilleton auquel le Bénin assiste tous les ans tant dans l’enseignement secondaire qu’au primaire depuis des années. Et le corolaire de cette situation est que plus de 95% des filles enceintes abandonnent les classes. D’autres à cause de leur jeune âge, perdent leur vie sur les tables d’accouchement. D’après les statistiques de l’Insae sur le quatrième Recensement général de la population et de l’habitation (Rgph-4), le Bénin compte environ 10 millions d’habitants en 2013. 45% de cette population a moins de 15 ans et 32,8% sont des adolescents et jeunes de 10-24 ans. Au Bénin, les textes juridiques sont bien clairs. Aucune élève ne doit être enceinte. La grossesse en milieu scolaire est une violation des droits des filles. Dans le but de protéger les filles en milieu scolaire, le législateur a pris la loi n° 2003-04 du 03-03-2003 portant santé sexuelle et reproduction puis la loi n° 2006-19 du 05-09-2006 portant sur le harcèlement sexuel au Bénin. Pour rester coller à ces lois, un arrêté interministériel N°16 de l’année 2003 a été pris. Et il a été remplacé par l’arrêté N°259 de l’année 2012 en ce qui concerne le Ministère de l’enseignement secondaire. Cet arrêté porte ‘’Sanctions à infliger aux auteurs de violences sexuelles dans les établissements publics et privés d’enseignement secondaire général, technique et professionnel’’. Cet arrêté prévoit au titre III, des sanctions aussi bien pour les apprenants auteurs de grossesse ou de harcèlement que pour les éducateurs. L’article 21 stipule : Tout éducateur reconnu auteur de grossesse constatée sur une apprenante est temporairement exclu de ses fonctions pour une durée de 6 mois avec suspension de salaire. En cas de récidive, il est révoqué de ses fonctions sans suspension des droits à la retraite. L’article 22 dit : Tout (e ) éducateur (rice) reconnu ( e ) coupable de tentative d’avortement ou d’incitation à l’avortement sur une apprenante est rétrogradé (e ) de deux échelons. En cas de récidive, l’intéressé (e ) est révoqué (e ) de ses fonctions avec perte de tous ses droits à pension. Malgré cet arsenal juridique, le phénomène réapparait chaque année. Le Bénin ayant une population en majorité jeune, il urge que, les grossesses en milieu scolaires deviennent une préoccupation pour tous.

Une triste scène faute de connaissances

En effet, pour l’enseignant de carrière Yves Lokonon, les causes de ce phénomène sont de diverses formes. Premièrement les parents semblent fuir de leur responsabilité qu’est l’éducation sexuelle de ces jeunes et adolescentes. Le sexe continue d’être un sujet tabou dans les familles. Et c’est la rue qui donne souvent l’information sexuelle erronée à ces adolescents (es)s et jeunes. « En tant que jeune fille, tu sais que tes parents t’ont envoyé à l’école, tu dois rester sérieuse jusqu’à la fin de ton cursus scolaire et être sûr que tu as reçu un plus. L’homme ne va jamais cesser de te dérangé, c’est à toi de savoir ce que tu veux, où tu vas, personne ne va te dis d’aller te marié, c’est toi seule qui est maître de ta vie. C’est toi seule qui va gérer si tu vas te marié ou pas. Mais si tu es un enfant intelligent tu peux surmontée toute ses obstacles. Les enfants d’aujourd’hui ne veulent plus écoutés les conseils de leurs géniteurs, un enfant conscient et bien éduqué doit se donner à ses études jusqu’à la fin pour pouvoir encourager ses parents» confie Mme Lawani Adissatou. C’est parce que ces jeunes et adolescents n’ont pas accès à l’information et aux services de santé de reproduction que le Bénin assiste à la triste scène des grossesses en milieu scolaire, estime le Directeur exécutif de Ceradis-Ong Nourou Adjibadé.

En dépit de l’idéal selon lequel l’abstinence sexuelle doit être de mise en milieu scolaire, Eliane Ogan, 16 ans en classe de 2nd , est une élève sexuellement active. A l’instar d’Enseignant d’svt au Ceg les pylônes Francis kakpo, elle exprime la soif d’information sur les méthodes de contraception. Pour elle, il faut plus de sensibilisation sur les méthodes de contraception pour les élèves filles parce qu’elles tombent beaucoup enceintes. A l’instar d’Albertine Zannou, élève en classe de 6ème, toutes les élèves enceintes rencontrées ont déploré cette absence d’information sur la contraception et l’engagement ferme du Gouvernement à s’intéresser à ce sujet. L’accès à l’information et aux services de santé reproductive, d’après Mme Anne Kandji, permet aux adolescents d’éviter les grossesses non désirées et de prévenir le Vih et des infections sexuellement transmissibles.

Une épidémie à maintes séquelles !

Ce triste phénomène n’est pas sans inconvénients sur les apprenantes. Les conséquences de ces grossesses sont scolaires, psycho sociales et économiques. Au niveau scolaire, les élèves/écolières-mères abandonnent temporairement ou définitivement l’école. La grossesse est vécue par ces filles mères comme une triple sanction : scolaire, économique et sociale. Celles qui réintègrent sont en retard par rapport aux autres élèves au niveau des acquisitions scolaires. L’accueil réservé à ces filles n’est pas toujours chaleureux. Ces élèves/écolières-mères ont beaucoup de préoccupations. Il s’agit de leurs études et leurs enfants. L’étude a montré que lorsqu’elles réintègrent l’école, elles sont obligées de faire des formations de cycle court. Elles sont nombreuses dans les ateliers de formation en couture, coiffure et des pagnes tissés. Socialement, ces filles sont discriminées et marginalisées à l’école, au niveau familial et communautaire, de peur qu’elles n’influencent les autres filles à l’école et dans les communautés comme si la survenue d’une grossesse était contagieuse. Elles sont déstabilisées car elles n’ont plus de statut social : elles ne sont ni femmes ni enfants parce que les autres enfants ne les acceptent pas, et les femmes adultes ne les considèrent pas non plus comme leurs égales. D’après les explications de Dr Hugues Ahounou, les élèves /écolières enceintes sont plus susceptibles que les adultes de subir des avortements à risque, et avec ces avortements clandestins, elles risquent aussi la mort. Selon des données hospitalières en 2006, 15% des décès maternels sont dues à des avortements à risque et les adolescentes représentent 20% des décès maternels enregistrés. Une perte alors pour la Nation qui perd tous les ans ses bras valides de demain.

La promotion de la Pf : la Solution

La promotion de la planification familiale en milieu scolaire se trouve être la seule solution pour faire freiner le fléau, fait comprendre le point focal de l’Alliance Nourou Adjibadé, Directeur exécutif de Ceradis Ong. Chez donc les adolescentes, les informations et les services de planification familiale peuvent aider à retarder leur première grossesse jusqu’à ce qu’elles soient physiquement psychologiquement et socialement préparées à procréer. Ce sont les grossesses précoces et non désirées qui font recourir aux avortements à risque, renchérit   le Chargé des Programmes de l’Association béninoise pour la promotion de la famille Docteur Serge Kitihoun   médecin chef de la clinique de ladite association. D’après ses explications, lorsque la jeune fille utilise correctement les méthodes contraceptives, l’avantages, qu’elle a c’est qu’elle ne peut plus tomber enceinte contre son gré. La méthode lui permet de jouir de sa sexualité mais sans tout le temps tomber enceinte. La jeune fille qui est sous Pf a la chance de continuer ses études jusqu’au bout et attendre de s’orienter dans la vie professionnelle, trouver quelque chose et commence par travailler. Avec son ami, ils pourront mettre en place leur projet pour la vie. Tout ceci confère à l’enfant certaines chances d’évolution. Ce qui favorise également l’épanouissement des géniteurs. Ils ne se créent pas de charges qui dépassent leurs revenus. La PF est un moyen peu onéreux de diminuer le taux de mortalité au niveau des adolescentes et jeunes,   explique M. Adjibadé qui démontre que les investissements dans la santé de reproduction sont nécessaires pour exploiter le potentiel de la jeunesse qui constitue le fer de lance de tout pays qui aspire à un développement durable. Il urge qu’on conduise les adolescents et jeunes vers une sexualité responsable, ajoute-t-il.

Tuer le mal dans l’œuf

L’introduction de l’éducation sexuelle en milieu scolaire, est aux dires de Dr Kitihoun, le moyen le plus efficace pour tuer le mal dans l’œuf. L’intégration de l’éducation sexuelle en milieu scolaire est une très bonne chose. Cela va réduire aussi les mauvaises compréhensions de la contraception et les autres questions liées à la sexualité. Et que les jeunes n’aillent plus précocement à la sexualité jusqu’à tomber enceinte. Et que nos jeunes sortent de l’ignorance qui les amène à tomber dans les travers. Dr Kitihoun suggère qu’il faut penser aux jeunes et adolescents qui sont dans les centres de formations et ces jeunes qui ne font rien et sont dans la nature. Ils sont aussi des béninois qui grandissent et sur qui nous devons compter pour le développement de ce pays. Ce serait une très bonne chose si l’Etat soutien cela. « Dieu merci aujourd’hui, ce volet a été confié à une Ong qui s’évertue déjà à définir les curricula de formation avec l’appui des compétences des inspecteurs de l’enseignement pour que cela commence à être enseigné dans nos écoles. Cela va réduire aussi les mauvaises compréhensions de la contraception et les autres questions liées à la sexualité. Et que nos jeunes n’aillent plus précocement à la sexualité jusqu’à tomber enceinte. Je ne peux que saluer cela. Et nous, nous soutenons fortement cela. L’ABPF soutient l’idée en tant que non seulement précurseur de cette éducation sexuelle intégrée mais également actrice qui continue de se battre sur le terrain pour cela », s’est-t-il réjoui avant de déplorer le fait que le Bénin soit très en retard dans le domaine parce que les pays développés ont déjà développé plusieurs approches dans ce domaine. « Il est temps qu’au Bénin, le tabou sur les questions liées à la sexualité soit levé et qu’on ne se dise pas que ce sont les enfants. C’est une erreur de ne pas en parler de la sexualité avec les enfants ». Il urge donc de conduire les adolescents et jeunes vers une sexualité responsable. L’éducation à la sexualité permet au jeune de connaître, comprendre et d’intégrer positivement les divers aspects de la sexualité selon son âge, tout en tenant compte des normes sociales. Donc, de s’épanouir de façon harmonieuse et responsable comme être sexué.

Victorin Fassinou

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