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Royaume du Danxomè : Un bel exemple de tolérance religieuse

L’histoire du Danxomè n’est pas que succession de guerres et d’intrigues. Le vivre ensemble et surtout la tolérance religieuse a été l’un des points forts sur lesquels on ne met pas souvent l’accent lorsqu’on veut parler des monarques du Danxomè. Et pourtant, Dossou Agadja, Tégbéssou, Kpengla et même Guézo ont beaucoup œuvré pour que cohabitent dans le royaume du Danxomè et ceci dans un esprit de tolérance et d’acception de l’autre, le Vodouïsme, le Catholicisme et l’Islam.

Le catholicisme en tant que religion a fait son apparition dans le royaume du Danxomè sous le règne du roi Dossou Agadja (1711-1742). À l’époque, il y avait des portugais qui venaient dans le royaume du Danxomè. Ils viennent voir le Roi avec qui ils échangent sur les questions commerciales et autres. Ils sont souvent de blanc vêtus. À leur cou pend une chaîne en or ou en argent qui se termine par un pendentif en croix. Un jour, cette parure a retenu l’attention du Roi qui a été obligé d’en demander la signification à ses hôtes. Ces derniers ont alors expliqué au Roi que cette croix symbolise Dieu, créateur du ciel et de la terre et tout ce qu’ils contiennent. Alors, le Roi Dossou Agadja leur a dit que cela l’intéresse à bien des égards et que lui-même portera cette parure avec un pendentif en croix. Après plusieurs années de fréquentation et de cohabitation, les blancs portugais ont demandé au Roi Dossou Agadja de leur trouver un lopin de terre pour qu’ils puissent ériger leur église. Le souverain accède à leur requête et leur donne une place à Goho à l’endroit où se trouve actuellement la statue du Roi Béhanzin. C’est là qu’a été érigée la première église du royaume du Danxomè. Il a pour nom église Saint Jean. À l’inauguration de ladite église, le Roi Dossou Agadja a honoré ses amis portugais en faisant le déplacement. Il leur a remis une calebasse vide munie de couvercle qu’il leur a demandé de laisser dans un coin de l’église, un peu comme pour marquer aussi la présence de ses ancêtres dans ce lieu de prières. Lorsque Guézo (1818-1858) accéda au trône, les portugais ne venaient plus comme avant dans le royaume du Danxomè. Ce sont les Français qui venaient. C’est eux qui ont plaidé pour que la première église catholique du royaume d’Abomey qui était érigée à la place Goho soit transférée non loin du marché Houndjroto où elle se trouve en ce moment avec pour nom la Cathédrale Saint Pierre et Paul d’Abomey. Dans la chronologie de l’arrivée du christianisme au royaume du Danxomè, on ne peut pas occulter la ville de Ouidah. En effet, les missionnaires sont entrés sur l’actuel territoire du Bénin par Ouidah qui était la ville portuaire. On était sous le règne du roi Agadja qui après, avoir agrandi le Danxomè à Ouidah a créé le contact avec les Européens. Dans l’ordre chronologique de l’histoire, la basilique de Ouidah a été construite bien après la période royale. Construite à partir de 1903 à l’initiative de Monseigneur Louis Dartois, premier vicaire apostolique du Dahomey, elle est achevée et inaugurée en 1907 par Monseigneur Steinmetz. C’était une cathédrale au départ.
Baptisée plus tard Basilique de l’Immaculée-Conception, elle est le principal lieu de culte catholique de la ville de Ouidah, au sud de la République du Bénin. En fait, la mutation de la cathédrale à basilique est une forme de sacralisation. La même bâtisse peut changer de statut en fonction du rôle qu’on lui confère. Et dans l’ordre des grandeurs dans l’église catholique, la basilique est plus importante que la cathédrale en ce sens qu’elle a un organigramme particulier.

L’arrivée des premiers musulmans

C’est aussi sous le règne du Roi Dossou Agadja que les musulmans sont arrivés au Danxomè. Celui qui était le conducteur du navire négrier à l’époque et qui venait au Danxomè était un métis arabe. Son métissage provient du fait que sa maman est Arabe et son papa Portugais. Ce conducteur de navire négrier n’était pas seul. D’autres l’accompagnaient. Ils sont des musulmans pratiquants. Quand ils suivent leurs patrons pour venir à Abomey, ils ont toujours le temps de se consacrer à leur religion. À l’heure de la prière, ils font leur ablution et prient en se prosternant face à la Kaaba. Lorsque les gens les voient, ils leur disent qu’ici au royaume du Danxomè, le seul être pour qui on se prosterne n’est que le Souverain, c’est-à-dire le Roi. Et à eux de leur répondre que c’est pour Dieu qu’ils se prosternent. La première personne qui a prié comme les musulmans ici au royaume du Danxomè est donc un conducteur de navire négrier du nom de Affissou Mustapha. C’est après lui et ses compères que les Malèhossou ont quitté Atakpa au Nigeria pour venir s’installer dans le royaume du Danxomè. C’est en leur temps que la première Mosquée a été construite. Les Malèhossou étaient de véritables compagnons du Roi. Ils lui font des consultations et le renseignent sur ce qui pourrait se passer en bien comme en mal dans le royaume. Ceci, à partir des versets de leur livre Saint qu’est le Coran. Ils conseillaient aussi le Roi sur ce qu’il y a à faire pour conjurer les mauvais sorts ou mauvais présage. Les Malèhossou ne sont jamais passés à côté de leurs prédictions d’ailleurs. Et cela augmente leur considération et leur crédibilité auprès du Roi qui les a vraiment admis comme des compagnons dont il ne doit pas se séparer. Chemin faisant, le Roi Dossou Agadja les a aussi autorisés à construire leur lieu de culte, leur mosquée comme il a fait aux catholiques. Cette mosquée a été érigée à Agadja Honto, à Atakéba. Aujourd’hui, ce sont les Davakan qui occupent le domaine. Il faut aussi souligner qu’à l’époque coloniale, il y avait aussi des gens qui quittaient le Sénégal pour venir au Danxomè. Ils se sont installés là où se trouvent aujourd’hui les bureaux de l’arrondissement de Vidolé où ils avaient érigé une Mosquée. À l’aube, lorsqu’ils font l’appel à la prière, leur bruit indisposait le Chef de subdivision coloniale qui avait sa résidence là où se trouve aujourd’hui la compagnie de la gendarmerie d’Abomey. C’est donc comme çà qu’une partie des musulmans a migré vers Zongo où se trouve la maison de Daouda Lawal, c’est-à-dire derrière la résidence du Préfet d’Abomey, ancienne résidence du Commandant du Cercle d’Abomey ; et une autre partie au quartier Malè chez les Nondichiao, en face du Palais Singbodji. Une mosquée a été donc construite dans ce quartier. Elle date de l’époque du roi Kpengla. Il faut souligner que le Roi Dossou Agadja ne s’est pas seulement contenté d’accueillir les premiers musulmans du royaume du Danxomè, il s’est aussi arrangé pour que l’un de ses fils pratique aussi cette religion qui prédit des choses qui se vérifient toujours. Malheureusement, avant de rejoindre ses ancêtres, Agadja n’a pas pu convaincre l’un de ses enfants à embrasser la religion islamique. Tégbéssou (1732-1774) qui lui a succédé a alors pris la relève sans succès. À sa suite, il y a eu le roi Kpengla (1774-1789). Il a annoncé à son vidaxo Kpomalègni qu’il va apprendre le Coran et devenir musulman. Mais ce dernier a décliné l’offre. Kpataganli, un autre fils de Kpengla (le 7è de la fratrie) a dit à son grand frère Kpomalègni qu’il est très intéressé par l’offre qui lui a été faite et que lui Kpomalègni refuse. C’est comme ça que Kpataganli, fils de Kpengla a été initié. Il a appris le Coran et a été islamisé. Comme les gens de Atakpa, c’est-à-dire les Malèhossou, il lit couramment le Coran, fait des consultations au Roi, fait les prières musulmanes…Il a même érigé une Mosquée grâce à la contribution du roi Kpengla. C’est cette Mosquée qui est la Mosquée des Nondichiao.
Une partie des musulmans venus d’Atakpa au Nigeria et qui se sont installés à Abomey a migré vers Canan. Ils y ont érigé une Mosquée qui remonte au temps de Tégbéssou. En clair, Canan est si, on peut le dire, un démembrement de la Mosquée d’Abomey. Le premier Imam envoyé à la Mosquée de Canan s’appelle Khadiri. Il était accompagné de Asséfou et de Akanti. Ce sont eux qui ont propagé l’islam dans le canton de Canan et ses environs. Contrairement à ce qui est dit, Canan n’est pas la porte d’entrée de l’islam dans le royaume d’Abomey.

Consolidation des pouvoirs des rois et dialogue interreligieux

Comme on peut le constater, les rois du royaume du Danxomè avaient développé un esprit d’ouverture et d’acceptation vis-à-vis des religions monothéistes. Et cela s’est fait ressentir au sein de la population où la cohabitation entre adeptes du Vodoun et pratiquants de religions monothéistes a été des plus pacifiques. Les conflits interreligieux étaient en tout cas rares. Les musulmans tout comme les Bokonon ont joué un grand rôle dans la consolidation du pouvoir des rois du Danxomè à travers les prédictions qu’ils faisaient.Ces prédictions ont toujours été vraies et lorsque le Roi se soumet aux sacrifices qui lui sont prescrits, il s’en sort toujours et son royaume a la paix. Quand le roi a des problèmes, les musulmans à qui il a permis de s’installer dans le royaume du Danxomè s’unissent, lui lisent le Coran pour conjurer le mauvais sort. Et tout se passe bien. Globalement, les rois du Danxomè, notamment Agadja, Tégbéssou, Kpengla étaient très attachés à ces musulmans qui sont arrivés à Abomey. Au départ, il faut avouer que le roi Agadja qui avait accueilli les premiers musulmans qui ont foulé le sol d’Abomey était prudent et même sceptique. Mais chemin faisant, il a fini par les adopter à cause de leurs nombreuses contributions à la recherche de solutions aux problèmes auxquels le royaume était confronté.

Le miracle du Agbantin

Dans le royaume du Danxomè à l’époque du roi Agadja, il y avait un arbre sculpté qu’on appelait Agbantin sur lequel il a l’habitude de s’accouder. Quand les musulmans qu’il invite pour les séances de prières dans son Palais finissent de réciter les versets du Coran, ils se frottent la figure des deux mains. Tout le monde les imite. Mais le Roi non. Il couvre l’arbre sculpté de ses deux mains. Après plusieurs séances de prière, un miracle se produit. L’arbre sculpté, donc déjà mort a repris vie. Il a poussé des racines et des feuilles. C’est ce qui l’a amené à être très attaché à ces musulmans qu’il a accepté dans le royaume du Danxomè.

Guézo baptisé Joseph

En résumé donc, les premiers chrétiens catholiques arrivèrent au Danxomè sous le règne du roi Dossou Agadja (1711-1742). Ils étaient des Portugais. Après avoir expliqué leur culte au Monarque curieux de comprendre l’importance de la croix à la jeannette, ils reçurent son accord pour construire en 1721 la chapelle Saint-Jean sur le site de l’actuelle Place Goho. Le Père Girel en fut le premier prêtre. Le roi Guézo (1818-1858) fit pour sa part la promotion du culte chrétien en cédant une partie de son Palais privé où fut bâtie la première église du Danxomè. Il fit le baptême sous le nom de Joseph et se maria à la Portugaise Chila Francisca suivant les rites catholiques.

El-Hadj Affissou Anonrin

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